Inégalités professionnelles : l’incassable plafond de verre

Inégalités professionnelles : l’incassable plafond de verre

Sur le papier, le Maroc a ratifié les plus importantes conventions internationales relatives à la lutte contre les discriminations à l’encontre des femmes, et pour l’égalité des chances. La Constitution de 2011 instaure également l’égalité homme-femme au niveau économique, politique, social, culturel et environnemental. Pourtant, dans les faits, la réalité est toute autre.

 

Les femmes continuent à souffrir de mille maux et à subir des traitements ségrégationnistes au quotidien. Les inégalités professionnelles en sont l’une des manifestations les plus criantes. Les chiffres du Haut Commissariat au Plan (HCP) dévoilent constamment une régression dans l’accès au marché du travail pour les femmes. Cette tendance pourrait même s’accentuer au cours des prochaines années. Un récent rapport du Conseil économique et social (CSE) consacré aux ‘’ discriminations à l’égard des femmes dans la vie économique’’ fait état d’une situation dramatique : « L’emploi précoce (avant l’âge de 15 ans) concerne 73,2% des femmes actives rurales (contre 11,9% des citadines et 59,8% des hommes en milieu rural). Cet indicateur doit nous interpeler à plusieurs titres : d’abord il prive les filles de leur droit d’accès à l’éducation et à la formation et représente une violation du droit de l’enfant. » Mais pas seulement. Le taux d’employabilité féminines en 2013 ne dépassait pas les 22,7% contre 66,4% pour les hommes. Cela représente moins du quart des femmes en âge de travailler. Plus grave encore, ce sont les postes dits d’exécution qui accueillent le plus de femmes. La dernière enquête sur l’emploi, réalisée par le HCP, abonde dans le même sens : 6 femmes sur 10 travaillent comme ouvrières, 13,8% sont employées dans l’industrie, 10,1% en tant qu’exploitantes agricoles. Seules 2,1% des femmes travaillent en tant que cadre supérieur. « Le travail féminin est encore perçu dans la société marocaine comme étant transitoire et provisoire », analyse Leila Bouasria, anthropologue et Auteure de «Les ouvrières marocaines en mouvement». En effet, le salaire des femmes est toujours perçu dans la société comme un salaire d’appoint, dédié à son usage personnel, même si ce schéma correspond rarement aux faits.

 

Des inégalités flagrantes

Parallèlement à cette féminisation des emplois subalternes et au cantonnement des femmes dans les formes les plus précaires du travail, l’accès des femmes au marché du travail ne se fait pas sans heurt. En effet, l’enquête du HCP souligne que seules 34,3%  des femmes ayant un niveau supérieur occupaient un emploi contre 61% d’hommes. Ces inégalités sont encore plus flagrantes dans les postes de responsabilité et de décision. Le nombre des femmes se réduit comme peau de chagrin. C’est ainsi que dans l’administration publique, à peine 23% des femmes sont cadres supérieurs, et seules 10% d’entre elles détiennent un poste de responsabilité. Des chiffres qui cachent une bien triste réalité : le pouvoir d’influer sur les politiques est détenu par les hommes qui occupent les plus hauts postes de responsabilité. Et ce n’est pas tout. Les femmes, elles-mêmes, croient fermement que le pouvoir se doit d’être masculin ! A cet égard, ce sont autant les normes sociales en cours que les perceptions sexuées du rôle de la femme qui sont à pointer du doigt.

Les disparités de fonctions et de salaires sont encore plus flagrantes dans le secteur privé. « L’inégalité en matière de salaires entre les hommes et les femmes est une donnée structurelle, mais impossible à caractériser en l’absence d’informations. Dans le secteur privé, les salaires des femmes sont inférieurs de 25% en moyenne à ceux des hommes. Les estimations internationales de l’écart salarial entre les femmes et les hommes au Maroc placent notre pays au 130ème rang très loin derrière des pays arabes tels que le Qatar, le Koweït, Bahreïn et la Tunisie et des pays africains tel que le Sénégal. Le Maroc est classé au 133ème rang sur 142 pays dans la participation économique des femmes », relève encore le CSE dans son rapport consacré aux ‘’ discriminations à l’égard des femmes dans la vie économique’’. Dans cette même étude, le CSE avance que le manque d’ambition professionnelle des femmes et le déficit de confiance en elles-mêmes se répercute sur leur choix de carrière. La persistance du fameux plafond de verre serait, dès lors, la résultante de multiples causes inhérentes aux normes conservatrices, comme les fausses croyances et les stéréotypes sexistes en cours dans le monde du travail, mais aussi et surtout le manque d’implication des politiques qui ne font rien pour que les lois ne restent plus lettres mortes.

 

 

 

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