Les Ait-débrouille !

Les Ait-débrouille !

J’emprunte ce titre à notre regrettée Feue Fatima Mernissi, sociologue et écrivaine disparue l’année dernière, un peu trop tôt d’ailleurs. Les Ait-debrouille de Actuelles sont des vendeuses de légumes de saison dans un marché très prisé par les Rbatis situé au quartier qui a vu naître et grandir la Princesse Lalla Salma.

 

Avec l’interdiction des sacs en plastique, elles ont eu l’ingénieuse idée de s’adapter, en des sacs en toile fait maison. Elles quittent très tôt le matin leurs habitations situées dans les villes satellites construites dans la banlieue de la capitale. Comme moyen de transport, elles utilisent le service d’un triporteur qui les aide à amener leurs marchandises fraichement achetées au marché de gros. Le service leur coute 40 dh chacune. A sept heures tapantes, elles sont déjà sur place, leurs produits prêts à la vente. En attendant l’arrivée des premiers clients, un petit déjeuner, fait maison s’impose. Thé à la menthe et galettes beurrées.
Zahra, Aicha et Keltoum ont toutes des enfants en charge. Leur moyen de subsistance, cet étalage de fortune de légumes et des clients et clientes fidèles. Zahra est veuve, avec trois garçons à charge dont un a un handicap mental. Sa soeur qui vit avec elle depuis longtemps s’en occupe durant son absence.
Aicha est divorcée sans enfants. Son transistor ne la quitte jamais. Elle connait toutes les stations de radio et quelques émissions qu’elle suit avec attention.
Keltoum a trois filles en charge, son mari est âgé. Ses filles sont toutes scolarisées. Pour elles les études sont primordiales. En ces temps de vacances se sont ces dernières qui s’occupent de leur père.

Des sacs de toile fait maison

L’interdiction des sacs en plastique ne les a pas dérangées, elles ont eu cette idée géniale de fabriquer des sacs en toile, qu’elles revendent à leurs clientes.  » Parfois nos clientes qui sont des fonctionnaires arrivent sans sac, alors on les dépanne par ces petits sacs que nous avons nous même confectionnés », m’informe Aicha »On les vend à un dirham parfois deux. Ils sont simples et très pratiques », ajoute Aicha qui semble occupée par l’écoute d’une émission. Des sacs qu’elles cousent par leurs propres mains, en lieu même de leur travail.
Zahra m’a informé que les clientes sont contentes et qu’une fois, une dame leur a offert une trentaine de mètres de tissus imprimés avec fils, aiguilles, ciseaux et autres accessoires  » Nous ne cesserons jamais de la remercier, c’est un geste humain, solidaire et sociale », me dit-elle en servant un client.
Alors ces femmes ne sont-elles pas des Ait-débrouille, des Ait-éco-citoyennes, des Ait- battantes, des Ait-courage… Et la liste reste est longue.
Au fait si vous faites un passage à ce petit marché de quartier, n’hésitez pas d’aller faire vos achats de légumes frais chez ces dames. Zahra vous conseillera un plat à mijoter pour le dîner si vous êtes à court d’idées. Aicha vous parlera peut-être d’une émission radio que vous avez ratée. Et peut-être que Keltoum vous interpellera pour vous raconter la dernière blague salée qui vous fera tordre de rire.

 

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