Atika Zoubir, interprète en langue des signes

Atika Zoubir, interprète en langue des signes

La « conversion » professionnelle de Atika Zoubir a été le fruit d’un pur hasard. Une rencontre fortuite avec un garçon plongé dans le silence la décide à apprendre le langage des signes. Elle nous parle avec passion dans cet entretien de ce métier qu’elle a choisi et qu’elle aime, et de ce contact avec, une communauté malentendante, ravie que les personnes entendantes puissent communiquer avec elle.

 

Actuelles : Comment devient-on interprète en en langue des signes (LS)? Faut-il une formation spécifique? 

Atika Zoubir : Comme toute langue, la langue des signes a ses spécificités, sa grammaire, sa conjugaison, ses contraintes physiques. Tout cela nécessite évidemment des cours. Autrement dit, une formation académique et des examens en fin de parcours. Le métier d’interprète, c’est avant tout un métier de contact et de communication. Toute situation qui nécessite une interface entre personne entendante et le sourd fait partie de notre métier et, un vrai interprète est à la disposition des sourds. C’est un métier social. Ce métier est essentiel pour les sourds car pour eux, c’est une porte essentielle pour comprendre le monde, ce qui se passe autour d’eux, dans le quotidien, et dans l’absolu aussi. Par ailleurs, la différence entre un interprète en langue des signes et des langues orales, se situe dans la dépense d’énergie pour exprimer une même idée. L’interprète en LS v a  dépensé beaucoup plus, car cela sollicite tout son corps, sa gestuelle pour exprimer une idée.

Actuelles :Y-a-t-il des règles essentielles que les interprètes en LS doivent respecter ?

Atika Zoubir : Il y a plusieurs règles, une déontologie et sans vouloir rentrer dans les détails, j’en citerai quelques unes. L’interprétation doit être  juste, ne pas trahir le sentiment de la personne qui la demande, doit être neutre, objectif, garder le secret professionnel. Pour devenir interprète, il faut  aimer l’autre et spécifiquement le monde des sourds, avoir le sens de l’observation, être très expressif, avoir beaucoup de patience. Et avant tout savoir, que les sourds ne sont pas «handicapés », ils sont comme vous et moi, ils ont juste besoin d’une accessibilité qu’est l’interprétation en langue des signes.

Actuelles : Parlez-nous d’une de vos journées- type ? 

Atika Zoubir : Je ne peux pas parler d’une journée type car qu’il y en a plusieurs. Un jour on peut interpréter face à un grand public, un festival, ou un congrès comme on peut interpréter devant un jury ou une personne. Ou bien enseigner à des enfants sourds, ce qui est encore autre chose.

 

Actuelles : Au Maroc le métier d’interprète en LS est-il reconnu ? Par qui est-il géré ?

 Atika Zoubir: Le Maroc est un pays jeune, malheureusement on n’a pas encore des institutions pour former des futurs interprètes, les seules attestations officielles sont délivrées par le ministère de la justice, les choses avancement doucement mais la demande est pressante pour les personnes sourdes.

 Actuelles: Une des aventures ou anecdotes que vous aimerez nous raconter ?

Atika Zoubir : Quand je faisais mon apprentissage en langue des signes en France, un vendredi après-midi, notre professeur sourd nous annonçait qu’Emmanuelle Laborit allait nous donner une séance. Emmanuelle Laborit est une star dans le monde des sourds, elle a obtenu un Molière de théâtre pour son rôle dans le film « Les enfants du silence », elle est directrice d’IVT, auteur d’un best-seller « Le cri de la mouette » traduit en 9 langues. J’ai passé tout le week-end, ravie de pouvoir la rencontrer et toute ma famille était au courant. Le lundi matin, alors que je guettai son arrivée, tout le monde éclatait de rire avant que je découvre que c’était une grosse plaisanterie (humour français) de mon professeur.
Il m’est arrivé aussi de croiser des mendiants qui se font passer pour des sourds. Une fois je voulais communiquer par sympathie avec l’un d’entre eux, il ne s’attendait à se retrouver face à quelqu’un qui parle La LS. Ne comprenant rien à mes signes, il m’a parle à haute voix. Il avait  honte quand j’ai découvert que c’était un entendant.

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Atika Zoubir en bref

 

Atika Zoubir est interprète en langue des signes (LS). Sa date de naissance, on ne peut l’oublier. Elle est née un 6 novembre 1975, le jour de la Marche verte. Enseignante de formation, elle avait choisi une école publique située dans un petit village dans le haut Atlas, région de Ouarzazate. Elle y restera quatre années. Tout est parti le jour où elle a rencontré dans un village reculé, un petit garçon, assis, seul et qui ne pouvait pas communiquer. Atika découvre ensuite qu’il était sourd. Elle décida alors d’apprendre la LS et d’enseigner à des enfants sourds. C’est en France qu’elle fait sa formation qu’elle finance elle-même. Rentré au pays et partage son quotidien comme interprète entre colloques nationaux, internationaux, congrès, conférences, ministères de la famille, de la santé, association Lalla Asmae pour les sourds-muets, festival Handi film. Aujourd’hui elle milite au sein d’associations de personnes sourdes d’où l’idée de créer avec des femmes sourdes, l’association « Avenir ».

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