Ramadan : Aux fourneaux, mesdames

Ramadan : Aux fourneaux, mesdames

Festif, joyeux et consumériste à souhait, Ramadan est aussi le mois où la femme devient l’esclave des fourneaux et des fantasmes culinaires de sa famille.

 

On aura beau dire que l’Islam n’a jamais décrété que les travaux ménagers devaient incomber à la femme au sein de son foyer, il n’en demeure pas moins  que c’est cette réalité-là qui prédomine. D’ailleurs, dans l’imaginaire populaire marocain, la femme accomplie est la ‘’hadga’’. De nos jours, la donne a quelque peu évolué, et beaucoup de jeunes femmes modernes refusent d’entrer dans ce moule traditionnaliste et réducteur. Et pourtant, cette ambition libertaire, appuyée par le nouveau code de la famille et la réforme du statut de la femme, butte contre les mentalités machistes. Rien ou presque ne semble donc changer. C’est l’ordre ancien qui rejaillit pendant le Ramadan.

Il faut dire que la question de l’égalité hommes/femmes n’en finit pas de créer de l’agitation et du débat. Les points de vue des sociologues marocains, en bons analyseurs des blocages et tensions qui traversent la société marocaine, mettent en évidence un problème, réel et profond, celui du double discours en ce qui concerne le statut de la femme. Le résultat est sans équivoque : on n’avance pas, on assiste à l’éternel retour des mêmes clichés, des mêmes idées qui font de la femme un être «subalterne» par rapport à l’homme.  Ce dernier demeure, selon la conception traditionnaliste, le tuteur de la femme. C’est la notion de «Quiouama», rappelle Asma Lamrabet, directrice du Centre d’études et de recherches féminines en Islam. Il est vrai que, plus de dix ans après la mise en place de la Moudawana, «les résultats sont minimes voire insignifiants ; parce qu’on a fait l’impasse sur la réforme de la pensée islamique, sur la réforme de l’enseignement et sur la culture de l’égalité à partir de l’école», souligne-t-elle. Résultat des courses : l’esprit de la Constitution de 2011 butte contre l’archaïsme ambiant et les mentalités.

 Des corvées, tu hériteras

Cela dit, « Le chemin est long pour l’équité…», assure le sociologue Mohamed Serbouti. «Le rapport conflictuel entre la société (ou division du travail) et la communauté n’est toujours pas tranché». En outre, faut-il le souligner, ce débat sur la libération de la gente féminine concerne en premier lieu les classes favorisées du Maroc contemporain : elles sont francophones, éduquées et modernistes. Or, «la majorité des femmes se plaisent -dans la souffrance- à montrer leurs prouesses lors du mois de Ramadan (réceptions, invitations, etc.), à gaspiller temps et santé pour mieux plaire», rappelle notre sociologue.

Les multiples perturbations tant physiologiques que comportementales induites par le jeûne ne sont rien en comparaison avec les souffrances des femmes, contraintes d’assumer une double, triple, voire quadruple journées. «Le Ramadan est plus difficile pour la femme, surtout si elle doit tout faire, en plus de son travail en dehors de la maison. Lorsque c’est une femme au foyer, elle exécute pratiquement toutes les taches.», explique Yasser Mezouari, sociologue.

Des mentalités, tu changeras

La prédominance de la culture patriarcale perpétue un état de fait : les homme considèrent que la cuisine est le royaume des femmes, et celles-ci ne font rien pour mettre un terme à la perduration d’une répartition inégalitaire des tâches ménagères. De là à imputer au Ramadan le sort injuste réservé aux femmes au cours de ce mois, il n’y a qu’un pas que nous franchissons allègrement. Ramadan n’est pas féministe, même si les sociologues interrogés ont été unanimes à reconnaître que la faute incombe plutôt aux hommes et à leurs mentalités rétrogrades. « La nature et les traditions de la société marocaine veulent que la femme assume à elle seule les charges de la maison, que ce soit pendant ou en dehors du Ramadan. On peut dire que c’est La société qui n’est pas féministe et non pas le Ramadan», confirme le sociologue Yassir Mezouari.  Toutefois, la discrimination envers les femmes puiserait son essence dans l’ignorance et dans la prédominance d’un patriarcat implacable qui relègue les femmes au second plan. Et ce sont, bien évidemment, les femmes elles-mêmes qui entérinent cet état de fait, reproduisant à l’envi les schémas arriérés et machistes.

 

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