Seija Sturies : Au Maroc, le leadership féminin est très faible ! (Interview)

Seija Sturies : Au Maroc, le leadership féminin est très faible ! (Interview)

Présente lors de la rencontre organisée par Jossour Forum des femmes Marocaines (FFM) en partenariat avec la fondation Fiedrich Ebert (FES) pour présenter les résultats de l’étude portant sur « l’Évaluation des mécanismes de promotion de la représentation politique des femmes au Maroc », Mme Seija Sturies, Représentante Résidente de FES  au Maroc nous parle  de la 1ère phase du projet conjoint « Promotion de la représentation politique des femmes au Maroc », projet qui a démarré modestement en 2017 pour devenir  grand  en terme de mobilisation et de résultats. Entretien.

 

Pourquoi ce projet « Promotion de la représentation politique des femmes au Maroc » revêt un énorme intérêt et une immense importance pour vous et pour FES ? 

Tout d’abord, je tiens vivement remercier l’équipe de notre cher partenaire Jossour- Forum des femmes marocaines pour leur engagement indéfectible et le travail colossal qu’elles mènent, depuis plus de 20 ans, en faveur des droits des femmes marocaines. Mes remerciements vont également à l’endroit de l’auteure de cet ouvrage, Madame Ouafae Benabdennebi, pour son professionnalisme, très grand,  et son soutien fort à notre projet. Comme vous le savez certainement, la Friedrich-Ebert-Stiftung est une fondation politique allemande souscrivant fermement à la valeur universelle de l’égalité. L’égalité de tous les citoyens devant la loi, l’égalité de tous les citoyens devant le suffrage, l’égalité des chances et, bien sûr, l’égalité entre les hommes et les femmes car l’égalité, mesdames et messieurs, est le principe fondamental de la démocratie.

C’est ainsi que, pour nous, la représentation égale de tous les citoyens, hommes et femmes, dans les organes de prise de décision de l’Etat est indispensable pour parachever le processus de consolidation d’un régime démocratique.

« L’année 2017 a été une année décisive, au niveau mondial pour le féminisme »

D’après ONU-femmes, le leadership des femmes au sein des instances de décisions politiques favorise l’enclenchement de processus promouvant l’égalité et améliorant la condition des femmes d’une manière générale?

Beaucoup affirment que l’année 2017 a été une année décisive, au niveau mondial, pour le féminisme, entendu comme courant de pensée défendant l’éradication des discriminations basées sur le genre et l’égalité multidimensionnelle entre les hommes et les femmes.  Comme disait le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, dans son message à l’occasion de la Journée internationale des femmes 2018, « les inégalités historiques et structurelles qui ont fait le lit de l’oppression et des discriminations n’ont jamais été dénoncées si unanimement ».Vous avez sans doute pu voir comment les femmes se sont mobilisées massivement par tout dans le monde le 8 mars dernier. Elles ont créé du momentum. La conjoncture est aujourd’hui plus que jamais propice à l’ancrage effectif de l’égalité dans les agendas politiques à travers le monde. Mais pour que cet ancrage devienne une réalité il faut des femmes politiques ; il faut des femmes en politique ; mais pas que ça ; il faut, qu’elles aient un véritable pouvoir décisionnel.

Les parlements sont des vitrines de l’égalité. D’après les données de l’Union interparlementaire correspondant au 1erdécembre 2017, le taux de présence féminine dans les parlements des Etats arabes, toutes chambres confondues, se situe à 17,5%. Il est à noter qu’en décembre 2016 ce taux s’élevait à 18.2%.

« La représentation des femmes dans les instances dirigeantes demeure insignifiante. »

Selon vous, au Maroc, les réflexions menées sur le renforcement de l’intégration de la femme dans les postes de prise de décision sont-elles dans le bon chemin ?

En ce qui concerne le Maroc, suite aux élections législatives du 7 octobre 2016, la représentativité des femmes au sein de la Chambre basse a atteint, toujours d’après les données de l’Union interparlementaire, 20.5%. Pour ce qui est de la Chambre haute, 10.83 % des sièges sont occupés par des femmes, selon les données de l’Union interparlementaire correspondant à l’année dernière.

La représentation des femmes dans les instances dirigeantes des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire demeure insignifiante. En 2017, le Maroc comptait uniquement 1 femme ministre et 8 femmes secrétaires d’Etat sur 39.Elles représentaient seulement 6 % des secrétaires généraux, 9 % des inspecteurs généraux, 11 % des directeurs, 11 % des chefs de division, 19 % des chefs de service et 16 % des ambassadeurs. Les femmes ne sont que 20 % dans les postes judiciaires, 21 % sont juges et 11,8 % procureurs. Le Maroc a réalisé d’énormes progrès en matière d’égalité. Or, ils sont jugés insuffisants par une grande partie de la société civile du pays qui fait appel à l’application de la Constitution, en tant que loi suprême, pour avancer plus rapidement et plus efficacement vers l’égalité et la parité réelles.   Dans le domaine de la représentation politique, je viens de mentionner des chiffres qui ne vous sont pas étrangers.  Les femmes y sont représentées faiblement à tous les niveaux -local, régional et national- et en plus de cela, comme vous allez constater en lisant la recherche-action que nous présentons aujourd’hui, leur influence quand il s’agit des processus de prise de décision est résiduelle. Dans ce contexte, la FES soutien la société civile marocaine dans la création d’espaces de réflexion et de dialogue en matière d’égalité et de justice sociale.

 

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