Musique : cinq chanteuses marocaines qui font vibrer 2026

De la pelouse du stade Prince Moulay Abdellah aux scènes de Lollapalooza, la chanson marocaine au féminin n’a jamais autant rayonné. Hymne continental, albums événements et tournée mondiale : en 2026, cinq voix racontent, chacune à sa manière, l’élan d’une scène qui conjugue racines et conquête. Tour d’horizon.

L’année musicale s’est ouverte en fanfare. Pays hôte d’une Coupe d’Afrique des nations qui a tenu le continent en haleine jusqu’à la finale du 18 janvier, le Royaume a fait de ses stades des scènes à ciel ouvert, avant de passer le relais, en juin, à la 21ème édition du Festival Mawazine – Rythmes du Monde, dont près de la moitié de la programmation a été consacrée aux artistes marocains. Dans cette effervescence, les voix féminines occupent le devant de la scène. Des plateaux de la pop urbaine aux écrins des musiques du monde, cinq trajectoires dessinent la carte d’un rayonnement désormais planétaire.

Jaylann, la voix des stades

C’est elle qui a donné le la de cette année exceptionnelle. Le 21 décembre 2025, devant des dizaines de milliers de spectateurs réunis au stade Prince Moulay Abdellah de Rabat pour le match d’ouverture opposant le Maroc aux Comores, Jaylann a interprété en direct “AFRICALLEZ”, l’hymne officiel de la CAN Maroc 2025, aux côtés de l’icône béninoise Angélique Kidjo et du chanteur franco-marocain Lartiste. Pensé comme un hymne panafricain mêlant arabe, anglais et français, le morceau a accompagné tout un mois de compétition, des stades aux fan-zones, avant d’être repris par le même trio lors de la cérémonie de clôture, le 18 janvier 2026. Pour celle qui avait déjà enflammé l’ouverture de la CAN féminine 2024 avec son tube “Ha Wlidi”, cette double consécration installe durablement la jeune Casablancaise dans le paysage : aux yeux du continent, Jaylann incarne désormais la nouvelle génération artistique du Royaume. Une génération qui chante juste, et qui voit grand.

Manal, la renaissance

La reine de la pop en darija, elle, signe un retour très attendu. Avec “Carta Rouge”, son premier titre solo depuis l’album “Arabian Heartbreak” (2024) et depuis sa maternité, Manal Benchlikha revient en battante, assumant un virage vers le raï et ses sonorités rebelles, nourries de Cheikha Rimitti et de Cheb Mami. “Le raï me représente”, confiait-elle récemment au magazine OkayAfrica. Le parcours de la Casablancaise force le respect : découverte grâce à ses reprises postées sur YouTube, elle devient dès 2017 l’une des premières artistes marocaines à signer chez une major du monde arabe, Sony Music Middle East, avant d’enchaîner les jalons — le succès fulgurant de “Taj” en 2018, le duo “Slay” avec ElGrandeToto, une performance pionnière chez COLORS en 2022, la même année qu’une participation à la bande-son officielle du Mondial au Qatar. Remontée sur scène à Casablanca dès janvier 2026, cette artiste qui a fait de l’émancipation des jeunes femmes nord-africaines le fil rouge de son œuvre entame un nouveau chapitre. Plus libre que jamais.

Oum, le retour aux fondamentaux

Changement de registre avec la diva aux origines sahariennes. Le 20 février 2026, Oum El Ghaït Benessahraoui a dévoilé “Dialddar” — “fait maison”, en darija —, un album au concept audacieux qui repose sur trois piliers seulement : la voix, le oud et la percussion. Bendirs, taarijas, calebasses, claquements de mains, mais aussi eau, pierres, sel et graines composent l’ossature rythmique de ce disque dépouillé, qui revient aux origines mêmes de la musique tout en revisitant les traditions marocaines par une approche résolument contemporaine. Rien d’étonnant pour celle qui a grandi à Marrakech, s’est formée au chant dans une chorale gospel et a étudié l’architecture à Rabat, avant de bâtir, de “Soul of Morocco” (2013) à “Daba” (2019) en passant par “Zarabi” (2015), hommage aux tisseuses de tapis du Sud, une œuvre saluée bien au-delà des frontières du Royaume. L’été 2026 la voit sillonner les festivals français, du Bout du Monde en presqu’île de Crozon début août aux Arabesques de Montpellier en septembre, avant une série de dates au Théâtre du Rond-Point, à Paris, en janvier 2027. L’épure comme horizon.

Faouzia, l’envol indépendant

De l’autre côté de l’Atlantique, une enfant de Casablanca élevée dans le Manitoba canadien poursuit une conquête méthodique de la scène pop mondiale. Après des duos avec John Legend, Kelly Clarkson ou David Guetta et des titres cumulant des centaines de millions d’écoutes, Faouzia a franchi en 2026 un cap décisif : l’indépendance. Son premier album affranchi de toute major, “FILM NOIR”, onze titres à l’esthétique cinématographique portés par le single “PORCELAIN” et le phénomène viral “UNETHICAL”, a déjà dépassé les 110 millions de streams dans le monde. Dans la foulée, la chanteuse a lancé en juin le FILM NOIR Tour, sa première tournée internationale en quatre ans : partie de Berlin le 17 juin, elle a fait escale à l’Alhambra de Paris et au Montreux Jazz Festival avant de traverser l’Amérique du Nord tout l’été, de Lollapalooza à Chicago jusqu’à Outside Lands à San Francisco. Une trajectoire titanesque, menée à la seule force d’une voix que le monde entier s’arrache.

Sara Moullablad, la révélation intimiste

Place, enfin, à la découverte de cette sélection. Auteure-compositrice à la croisée du jazz, de la bossa nova et de la pop arabe, Sara Moullablad trace une voie singulière, entre le Maroc et la scène égyptienne où elle s’est déjà fait remarquer aux côtés d’Amir Eid, la voix du groupe Cairokee, avant une session Red Bull très partagée en 2025. Le 6 février 2026, elle a dévoilé “Twehechtek” (“Tu m’as manqué”), premier extrait d’un EP trois titres paru fin mars, pensé comme un voyage émotionnel où s’entremêlent mémoire, absence et errance urbaine. Portée par une production minimaliste — riffs de guitare en retenue, violons en apesanteur —, sa voix proche, presque conversationnelle, y explore ces états intérieurs qui remontent dans le silence de la nuit, quand l’émotion prend le pas sur la raison. Loin des effets de manche, celle qui chante le trouble et les émotions mêlées du monde d’aujourd’hui incarne une nouvelle vague d’artistes marocaines misant sur la justesse du sentiment. Un nom à retenir.

Screenshot

Des pelouses de la CAN aux festivals californiens, ces cinq trajectoires racontent un même mouvement : celui d’une scène féminine qui n’attend plus d’être invitée à la table du monde, mais qui y prend place, en darija, en arabe, en anglais ou en tamazight. En 2026, la voix du Maroc est plurielle. Et elle est féminine.

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