Violences facilitées par la technologie :Un appel et une campagne de sensibilisation

Face à l’ampleur alarmante des violences basées sur le genre facilitées par la technologie (VBGFT), les associations Kif Mama Kif Baba, Médias et Cultures (AMC) et l’Association Démocratique des Femmes du Maroc (ADFM) lancent un plaidoyer national et appellent à une action urgente pour briser le cycle de l’impunité. Pour porter ce combat dans l’espace public, une campagne de sensibilisation digitale, “Mamhkoumch”, sera lancée sur les réseaux sociaux du 2 au 10 octobre 2025.

 L’essor des technologies numériques au Maroc, accéléré par la pandémie de la COVID-19 et couplé à l’usage massif des réseaux sociaux, a transformé les interactions sociales tout en ouvrant la voie à de nouvelles formes de violences fondées sur le genre.
Loin d’être de simples “mots en l’air”, la violence numérique fondée sur le genre a des conséquences bien réelles et souvent tragiques. Cyberharcèlement, chantage à la diffusion d’images intimes, discours haineux, ou encore manipulation de contenus (deepfakes, doxing) ne sont que quelques-unes des armes dont l’utilisation est exacerbée par la sécurité que l’anonymat en ligne offre aux agresseurs en entravant les poursuites.
Ces violences, qui prolongent les inégalités existantes et touchent les femmes et les filles sous de multiples formes, génèrent des conséquences sociales, professionnelles et juridiques graves, poussant les survivantes à se retirer d’un espace numérique devenu central pour l’apprentissage, l’accès à l’emploi et l’engagement citoyen. Elles freinent les efforts pour atteindre l’égalité entre les sexes.

 La violence numérique détruit des vies en silence!

Ces attaques génèrent également un fardeau psychologique immense : anxiété, dépression, perte d’estime de soi, et, trop souvent, au suicide. La violence numérique ne détruit pas seulement des réputations, elle brise des vies. L’un des principaux dangers des violences sexistes en ligne , est de “voir les auteurs passer à l’acte”. Selon un rapport d’ONU Femmes datant de 2021, sur les violences sexistes en ligne dans la région MENA,  58,1 % des femmes ont été victimes de violence et de harcèlement en ligne au Maroc et une sur trois, parmi elles, voit cette violence passer du virtuel au réel. «Le cadre institutionnel requiert un renforcement des capacités des organes responsables et une meilleure coordination entre les parties prenantes. La lutte contre les VBGFT nécessite une approche multisectorielle et intégrée basée sur une vision globale en plus d’une аdаptаtion continue des lois face à l’évolution rapide des technologies”, explique Aatifa Timjerdine, présidente de l’ADFM.

 Un cadre juridique et institutionnel à renforcer d’urgence

 Le Maroc dispose d’un arsenal juridique contre la violence numérique (code pénal tel que complété par la loi 103-13, loi n° 05-20 sur la cybersécurité et même des dispositions constitutionnelles) et pourtant, l’absence de définition claire de la “violence numérique” et la persistance de lois liberticides limitent gravement l’accès des victimes à la justice. Ces ambiguïtés et contradictions juridiques entre les textes qui protègent et ceux qui punissent les victimes entravent les actions en justice et la protection effective des survivantes.

Les victimes,femmes et filles ne portent pas plainte!

Cette situation est par ailleurs aggravée par un faible taux de signalement. L’enquête du HCP révèle que la majorité des victimes ne portent pas plainte, souvent par manque de connaissance des protections juridiques disponibles (entre 68% et 77% des femmes) ou par manque de confiance dans les mécanismes existants.“L’espace numérique ne doit pas être une zone de non-droit. L’urgence est d’éduquer nos jeunes aux différentes formes de violences en ligne comme hors ligne, de prévenir et surtout de protéger. Chaque victime doit pouvoir dénoncer sans craindre de devenir elle-même justiciable”, insiste Ghizlane Mamouni, présidente de Kif Mama Kif Baba.

 Un appel à une action multisectorielle et intégrée

Face à ce défi complexe, Kif Mama Kif Baba, AMC et l’ADFM appellent à la mise en œuvre de mesures concrètes pour lutter globalement et efficacement contre les VBGFT.
Les recommandations clés incluent de :
Définir et intégrer spécifiquement les VBGFT dans la réforme annoncée du code pénal en prévoyant des peines dissuasives et en abrogeant les textes liberticides. Mener des études nationales qualitatives et quantitatives régulières pour documenter l’ampleur, l’impact des violences numériques sur la vie privée, la santé mentale, la participation sociale et politique des femmes, les formes et l’évolution de ce phénomène afin d’orienter les politiques publiques. Agir sur les consciences collectives à travers des campagnes nationales de sensibilisation sur les risques des VBGFT  et l’intégration de l’éducation numérique dans le système éducatif. Mettre en place des mécanismes de recours et de plainte accessibles, sécurisés et adaptés pour toutes les victimes, en ligne et hors ligne. Impliquer les acteurs de la technologie pour développer des outils de prévention, de modération et de protection efficaces.

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