La Zahria de Marrakech : quand la fleur d’oranger embaume Marrakech

Autrefois cantonnée dans la discrétion des demeures privées et célébrée dans l’intimité des foyers, la cérémonie de la Zahriya s’est transformée depuis une décennie en un événement public grâce à l’ingénierie culturelle de l’Association Al Muniya de Marrakech. La 14 e édition de cette manifestation a démarré le 22 mars et se poursuit jusqu’au 12 avril prochain.

Chaque année, à l’approche du printemps, Marrakech s’illumine d’un éclat particulier. La ville exhale d’un parfum captivant, celui de la fleur d’oranger, annonçant l’arrivée de la Zahria, un moussem entièrement dédié à cette fleur emblématique, organisé par l’Association Al-Muniya de Marrakech, cet événement célèbre un patrimoine immatériel profondément ancré et enraciné dans la culture marocaine. Cette offre culturelle régénérée a vocation de réjouir le cœur des citoyens et émouvoir le visiteur étranger.
La Zahria n’est pas une simple fête ; elle est le reflet d’une tradition ancestrale, transmise de génération en génération, principalement par les femmes de Marrakech. Depuis des siècles, ces gardiennes du savoir-faire perpétuent l’art de la distillation de la fleur d’oranger, un rituel qui symbolise le renouveau du cycle des saisons, la pureté et la joie.

Connue sous le nom de ‘Taqtar Zhar’, tout le cérémonial de distillation est un art exigeant et non moins parfumé. Les femmes, parées de blanc, reçoivent chez elles avec soin et reconnaissance la manne printanière des fleurs de bigaradier cueillies par les hommes dans les vergers environnant de la cité ou carrément prélevées des arbres des riads de la Médina. Ces fleurs magiques reposent toute la nuit sur des napes blanches encore une fois pour qu’elles soient placées par la suit e dans des alambics en cuivre. La vapeur d’eau, en traversant les pétales, capte l’huile essentielle, ou l’esprit (rûh) produisant une eau florale pure et parfumée. Ce nectar transparent, d’une pureté incomparable, est utilisé pour en asperger d’abord les hôtes aux occasions d’heurs et de douleur, parfumer les lieux, adoucir les infusions, ou même calmer les humeurs éprouvées. Chaque étape, de la cueillette à la distillation et jusqu’à l’offrande du final est réalisée avec ferveur, souvent accompagnée de prières, chants et psalmodies consacrant la dimension spirituelle de cette tradition.

À travers l’art de transformer une simple fleur en élixir de joie, elle nous rappelle que certaines traditions, loin d’être figées, peuvent encore nous émouvoir, rassembler, et même réinventer le lien social dans une ville entière. Elle illustre la résilience d’une tradition ancestrale, portée par les femmes. Quant au bigaradier, cet arbre béni, continue-t-il de parfumer les riads et les avenues de la Médina. En célébrant la fleur d’oranger, Marrakech célèbre aussi son identité, son histoire, son ouverture et son avenir.

Lire aussi : La Zahria de Marrakech célèbre la fleur d’oranger

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