Interrogeant le regard féminin sur la société, l’identité et la mémoire à travers la photographie, l’exposition “ نون (Noun) — Une odyssée du regard” initiée par le Musée de Bank Al-Maghrib réunit huit photographes marocaines aux sensibilités esthétiques différentes. Il s’agit de Yasmina Alaoui, Majida Khattari, Hiba Baddou, Lalla Essaydi, Assmaa Akhannouch, Fatima Zohra Serri, Sarah Smahane et Safaâ Kotbi, témoignent à travers les œuvres exposées de la diversité des techniques, des médiums et des thèmes abordés, ainsi que de la richesse et de l’hétérogénéité de leurs visions. Chacune des artistes emprunte une voie singulière, mais toutes participent d’un même mouvement : reprendre possession du regard et faire de l’image un espace de mémoire, de transmission et de liberté.

Lalla Essaydi déconstruit les imaginaires orientalistes en transformant la calligraphie en geste d’émancipation. Assmaa Akhannouch fait de la mémoire familiale un territoire poétique où le souvenir devient une matière vivante. Majida Khattari détourne les codes de l’histoire de l’art pour interroger les représentations du corps et les rapports de pouvoir. Safaâ Kotbi revisite les traditions populaires en révélant les tensions entre patrimoine, folklore et mise en spectacle. Fatima Zohra Serri construit des allégories silencieuses où la résistance s’exprime sans jamais se proclamer. Yasmina Alaoui sublime le haïk dans une recherche plastique où la lumière devient un langage. Hiba Baddou transforme les objets ordinaires en vestiges d’une mémoire collective, tandis que Sarah Smahane donne une voix aux identités diasporiques et aux mémoires de l’exil.
“Cette exposition est née d’un renversement fondamental : ici, la femme marocaine tient l’objectif. Elle cadre, elle choisit, elle nomme. Elle n’est plus l’objet d’un regard exotique ou colonial venu de l’extérieur — elle est le sujet actif qui capture, documente et réinvente sa propre réalité”, peut-on lire dans un texte mural accompagnant l’exposition.
Une exposition qui invite à saisir des regards d’une rare force et qui, pour notre plus grand bonheur, fait dialoguer les sensibilités, les générations et les expériences.