Femmes âgées : une double discrimination liée à l’âge et au sexe

Dans un rapport présenté à l’Assemblée générale des Nations Unies, Reem Alsalem, rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes et les filles, dénonce les maltraitances subies par les femmes âgées souvent ignorées. Cette discrimination  rend leurs souffrances invisibles et fragilise leur accès à la protection et à la justice.

Vieillir ne met pas à l’abri des violences. Au contraire, l’âge peut accentuer la vulnérabilité des femmes, notamment lorsqu’elles dépendent de leurs proches pour leurs soins ou leurs besoins quotidiens. Au-delà des agressions physiques, psychologiques et sexuelles, les abus prennent aussi la forme de confiscations de pensions, de détournements de biens, de privations de soins ou d’abandon.

Pourtant, le phénomène reste largement sous-estimé. Selon des données de l’ONU publiées en 2022, moins de 10 % des données exploitables sur les violences commises par un partenaire intime permettaient d’en mesurer la prévalence chez les femmes de 50 ans et plus. Les enquêtes et les dispositifs de protection continuent ainsi de laisser dans l’ombre une partie des victimes.

Les obstacles au signalement sont nombreux : isolement, dépendance financière, difficultés de déplacement ou méconnaissance des mécanismes de protection. Certaines femmes hésitent à dénoncer leur agresseur lorsqu’il s’agit également de la personne qui les aide à vivre au quotidien. Les veuves, les femmes handicapées, les migrantes et celles vivant en milieu rural figurent parmi les populations particulièrement exposées.« Aucune femme ne devrait être amenée à penser que sa vie constitue un fardeau simplement parce qu’elle a atteint un âge avancé ou qu’elle a besoin d’un soutien » indique la rapporteuse.

L’urgence est d’autant plus grande que le vieillissement démographique s’accélère. En 2025, le monde comptait 664 millions de femmes âgées de 60 ans ou plus. Elles devraient être 1,13 milliard en 2050.

Les autorités doivent agir ,intervenir et réparer 

Face à cette réalité, Reem Alsalem appelle les États à reconnaître explicitement les violences contre les femmes âgées dans leurs législations, à améliorer la collecte des données et à rendre les mécanismes de plainte et de justice plus accessibles. Elle préconise également de mieux former les professionnels de santé, les travailleurs sociaux, les policiers et les magistrats.

La protection passe aussi par des mesures concrètes : des pensions suffisantes, un logement stable, des soins accessibles et des services d’accompagnement adaptés, afin de réduire la dépendance susceptible de favoriser les abus.

Au-delà de la violence, c’est la dignité, l’autonomie et le droit à la parole des femmes âgées qui sont en jeu. Comme le rappelle l’experte de l’ONU, aucune femme ne devrait perdre son droit à vivre sans violence en raison de son âge.

(Avec ONU Info)

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