Elle fut dessinatrice naturaliste, styliste, « matelote » sur les thoniers bretons, journaliste sous pseudonyme masculin à la Bourse de Paris interdite aux femmes dans les années trente, avant de devenir, sans autre école que le terrain, l’une des plus fines observatrices des cultures nomades du Sahara. Le musée Yves Saint Laurent Marrakech (mYSLm) consacre sa nouvelle exposition à Odette du Puigaudeau (Saint-Nazaire, 1894 – Rabat, 1991), cette femme aventurière au destin romanesque qui fit du Maroc sa terre d’élection. Plus de 200 œuvres et documents (photographies, dessins, manuscrits, objets, archives sonores et extraits de films documentaires) provenant des collections du musée Pierre Bergé des arts berbères, de la Fondation Jardin Majorelle et de collections privées, sortent enfin de l’ombre cette femme libre, restée injustement méconnue.

Née en 1894 à Saint-Nazaire, fille du peintre de l’école de Pont-Aven, Ferdinand du Puigaudeau, Odette grandit face à l’Atlantique, au manoir de Kervaudu, émerveillée par le va-et-vient des navires sur l’estuaire de la Loire. Montée à Paris en 1920, elle y mène plusieurs vies à la fois : dessinatrice scientifique, créatrice de costumes de scène, styliste chez Jeanne Lanvin. Mais la mer la rattrape. En 1928, fait rarissime pour une femme, elle obtient son livret professionnel de navigation, embarque sur les thoniers et signe ses premiers reportages. En 1931, elle rencontre la journaliste et peintre Marion Sénones (née Marcelle Borne Kreutzberger, Neuilly-sur-Seine, 1886 – Rabat, 1977), qui partagera désormais toutes ses routes. Le 28 novembre 1933, les deux femmes quittent Douarnenez à bord d’un langoustier, la Belle-Hirondelle, cap sur la Mauritanie sans mission officielle, à leurs propres frais et à leurs propres risques. Ce premier voyage décide de tout : pendant plus de vingt-cinq ans, jusqu’en 1960, elles ne cesseront de reprendre la piste.
En 1961, Odette du Puigaudeau et Marion Sénones s’installent à Rabat ; elles ne quitteront plus le Maroc jusqu’à leur mort. L’exposition épouse ce mouvement en trois chapitres chronologiques : De Saint-Nazaire à Paris, 1894-1934 ; En route vers les déserts, 1934-1961 ; et Rabat, dernier port d’attache, 1961-1991.