La maltraitance à l’école, répétée et suivie dans le temps, peut conduire l’élève harcelé à développer des pensées suicidaires, voire même passer à l’acte, comme cela fut, malheureusement, bien souvent le cas. Aussi, avant que pareilles situations ne s’enveniment, et que votre enfant ne vive un enfer dès qu’il met un pied à l’école, il faudra rester vigilant quant aux signes d’alerte.
Les signes qui ne trompent pas
Il est rare qu’un jeune vienne, de lui-même, se plaindre à ses parents de la maltraitance subie à l’école. Beaucoup d’enfants ne se confient pas, vivent douloureusement cette situation. La psychologue Saïdia Serghini, décrypte pour nous, les signes qui doivent vous mettre la puce à l’oreille et vous alerter. «Les signes annonçant un éventuel harcèlement au sein de établissement scolaire sont nombreux et révèlent la complexité du phénomène et la multiplicité des facteurs la déclenchant. De l’isolement, maux de tête, douleur à l’estomac, agressivité avec les membres de la famille, refus de se rendre à l’école, baisse soudaine des résultats scolaires aux troubles alimentaires, phobie de l’école, anxiété, voire dépression. De la souffrance générée par la violence subie de la part des pairs va naitre un sentiment d’insécurité. Le harcelé peut développer des comportements de «peur», de «passivité», «d’évitement», perdant ainsi les bases nécessaires pour l’estime de soi. Il s’isole si l’entourage ne se rend pas compte de la souffrance vécue par l’enfant racketté. Cet isolement va favoriser l’installation de sentiments d’infériorité ; voire de culpabilité, ce qui va influer automatiquement sur son développement psycho affectif», explique la psychologue. Aussi, si votre enfant revient à la maison avec des vêtements déchirés, des lunettes cassées, des égratignures et bleus inexpliqués, s’il n’a aucun ami ou camarade, s’il n’est jamais invité à une fête, s’il est angoissé après le weekend à l’idée de retourner à l’école, s’il fait des cauchemars, dort mal, n’a plus d’appétit, n’a plus confiance en lui, présente des changements d’humeur subits (abattement puis accès de colère) et que ses résultats scolaires s’en ressentent, alors, là les parents se doivent de se poser les bonnes questions, et surtout de réagir avant qu’il ne soit trop tard.

Les profils du harceleur et de la victime
Mais quelle est la raison qui pousse certains élèves à stigmatiser leurs camarades et à les harceler ? La psychologue dresse pour nous les principales caractéristiques des victimes. Le profil de l’élève harcelé, souligne-t-elle, est souvent un enfant réservé, replié sur lui-même et/ou anxieux. Il est également, précise-t-elle, «extrêmement vulnérable et il va- généralement- acquérir une fragilité psychique qui l’empêchera de se construire sainement. Ainsi il va s’identifier à l’image que vont lui assigner les harceleurs». Le harceleur/agresseur, pour sa part, est un élève qui ne ressent aucune peur et qui a l’habitude de dominer. «Le harceleur n’est pas étranger à la souffrance qu’il déverse sur le pair, mais derrière cette «force de surface», il y a toujours une souffrance cachée qui s’alimente de l’agression contre «l’autre : le différent, dissemblable, le divergent », analyse la psychologue. Mme Serghini explique les raisons de cette agressivité du fait d’un manque d’affection et de présence affective familiale et se vengera alors de ceux qui sont ‘’couvés’’ par leur famille. «Il y a aussi le laxisme des parents dans l’éducation de leurs enfants et ces derniers pensent pouvoir tout se permettre, car ils n’ont pas intégré les limites, il est dans la toute puissance croyant avoir tous les droits. Les enfants qui reçoivent une éducation trop répressive (châtiments corporels, insultes..) sont plus exposés à être des souffre-douleurs…». Certaines études, réalisées un peu partout dans le monde mettent aussi l’accent sur certains caractères physiques (cheveux roux, obésité, port de lunettes, etc.) qui peuvent déclencher l’agressivité des élèves-bourreaux. Et puis, bien souvent, les victimes sont de faible constitution alors que leurs bourreaux est plus fort, plus imposant. Bien plus, note la psychologue, moins «le harcelé se défend, fait de l’évitement, plus ses pairs le malmènent en le brutalisant le ridiculisant, l’insultant. Il sera rejeté de la part du groupe si l’école ne réagit pas».

Des moyens, des stratégies et des solutions
Les harceleurs ont recours à plusieurs stratagèmes pour faire vivre à leur camarade les affres de la souffrance. Ainsi, il y a le recours aux moyens physiques (surtout quand il s’agit de garçons), mais aussi des moyens plus subtils, comme le geste, la parole, les rumeurs, les ragots ou encore la manipulation des liens d’amitié (surtout pour les filles). Le harceleur créée le vide autour de sa victime, l’isole et œuvre à éloigner d’elle ses très rares amis. De surcroit, il réussit même à culpabiliser le persécuté qui endure en silence ce calvaire.
Et puis, comme solution, il y a aussi les règles du bien-vivre ensemble que les élèves établiraient de concert, avec leur enseignant, et qu’ils afficheraient en classe. Ainsi, chacun connaîtra et appliquera ce code de bonne conduite. Mais cela ne résoudra pas, pour autant le problème, car sans une prise de conscience de ces problèmes au sein des établissements scolaires, sans une implication forte du personnel des écoles, des parents, ce problème continuera à persister et des enfants, continueront à payer le prix fort des persécutions et du harcèlement.