Meryem Aboulouafa chante Meryem

Meryem Aboulouafa chante Meryem

« Meryem », est le premier album de l’auteure-compositrice et interprète Casablancaise Meryem Aboulouafa. Il est sorti en fin mai dernier en Europe et au Maroc par le label français Animal 63, et a été lancé avec le vidéoclip onirique « Deeply »

Les 11 chansons de l’album, composées en anglais et en arabe, proposent un voyage musical inédit, à travers une multitude de sonoritées qui concilient classicisme solennel et modernité électronique, sublimés par la voix envoûtante de Meryem. 

La foudre tombe dès les premières secondes de « THE FRIEND », pièce d’ouverture de l’album Meryem. C’est une voix qui vous enveloppe, vous embrasse et ne vous lâche plus. Une voix neuve, pourtant déjà familière, source chaude d’un torrent de passions. De ces voix troublantes qui en imposent et qu’on n’oublie pas. À l’heure où les femmes, de Lana Del Rey à Weyes Blood, font la loi dans la pop, déploient des trésors d’inventivité, la nouvelle n’a donc rien de surprenant : Meryem Aboulouafa s’impose déjà parmi les grandes révélations de 2020.

Née à Casablanca où elle vit toujours, l’artiste a très tôt plongé dans la musique grâce à une famille dont le père, l’initie aux classiques rock, Beatles, Stones et Pink Floyd en tête, ainsi qu’aux grands de la chanson française tels Piaf, Brel et Brassens. Tandis qu’elle prend des cours de solfège et de violon au Conservatoire de musique, l’en- fant solitaire se réfugie dans l’écriture pour dompter les tempêtes dans son crâne. Ses poèmes en arabe et en français forment la première étape de son processus de jeu avec les mots.

Sans encore penser à une vie musicale, Meryem s’inscrit à l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Casablanca pour des études d’architecture d’intérieur. Seule à la guitare, elle donne naissance à ses premières chansons. Ses compositions, puis des rencontres, lui ouvrent des portes et lui permettent de se familiariser avec le studio, d’accepter des instrumentations plus sophistiquées et de se produire sur scène. Quand il arrive aux oreilles de Manu Barron, patron d’Animal63, label français éclectique (The Blaze, Myth Syzer, Johan Papaconstantino, Gabriel Auguste), celui-ci est envouté par « Ya Qalbi », sublime perle dont le chant en arabe est suivi comme son ombre par des effets qui le propulsent au XXIe siècle. Meryem accepte l’aventure commune qu’il lui présente.

L’acte 2 de sa vie musicale commence en 2017. Manu Barron lui propose de ré-enregistrer certains titres avec de nouveaux collaborateurs. Elle rencontre ainsi Keren Ann, avec laquelle les échanges se révèlent fructueux. La songwriter l’aide à un tri positif dans ses idées et envies, et l’aiguille pour fluidifier ses textes. Côté production, deux noms s’attèlent à la construction ou la reconstruction de titres : Jean-Baptiste de Laubier alias Para One, connu pour son énergique techno et pour ses BO plus contemplatives, indissociables du cinéma de Céline Sciam- ma. Et Maxime Daoud, musicien, arrangeur et producteur d’une musique à la douce mélancolie sous le nom d’Ojard.

Dès la première séance de Meryem avec Ojard naît le titre « Say The Truth And Run » dont la puissance lyrique donne le tempo à l’album à venir. Une nouvelle équipe se forme autour d’elle. Tous passent neuf mois dans le stu- dio parisien de Para One pour un résultat riche de leur complémentarité, de leurs différences, aussi. « Para One apporte une dimension cinématographique qui me correspond car je visualise beaucoup mes textes et ma mu- sique » explique ainsi Meryem. « Ojard est plus dans la mélodie, l’orchestration, l’élaboration de sonorités com- plexes et harmonieuses. »

L’album Meryem leur donne grandement raison, par sa réussite à concilier classicisme solennel et mo- dernité électronique, quand les deux ne sont pas convoqués sur un même morceau, comme « Welcome Back to Me » ou « The Accident », chanson où piano et cordes majestueuses s’accommodent de rythmiques martiales. Quant aux mouvements classiques de « Say The Truth and Run », ils s’accordent brillamment de rythmes syncopés. « Je me promets » et « Deeply » jouent la sobriété d’un piano tout juste troublé par des battements électroniques tandis que « Fighting » se distingue par le groove soyeux qui l’enrobe.

Cette production hybride ne serait rien sans la voix qu’elle sert, cette voix en accord avec des textes introspectifs où Meryem se questionne, se cherche, se trouve parfois, confessant des émotions dans une société où partager ses sentiments n’est pas de mise. « À travers mes chansons, j’ai trouvé le contexte dans lequel je peux exister pleinement » analyse-t-elle. Ainsi peut-elle évoquer de façon personnelle la question de la prière musulmane et de sa gestuelle poétique dans « THE FRIEND », ou la complexité de l’âme humaine dans « Deeply ». Avec son clip en écho contemporain au mythe de Romulus et Rémus, « Breath of Roma » rappelle le sentiment de renaissance de Meryem à la découverte de la culture italienne dont elle est tombée amoureuse. Chanson en langue arabe, « Je me promets » traite l’amour et l’acceptation de soi. Sur le reste de l’album, l’anglais permet à Meryem de prendre de la distance par rapport aux sujets personnels qu’elle aborde. Au final, « Ya Qalbi » reste le seul des anciens titres non retravaillé, gardant toute sa magie intacte. Produit par Francesco Santalucia, c’est un morceau algérien très populaire inscrit dans le répertoire arabo-andalous, dont l’auteur est inconnu.

Autant dire qu’au jeu des références, Meryem Aboulouafa a gagné le combat car il serait vain de tenter des com- paraisons, voire même de traquer des influences. Tout juste peut-on oser dresser des parallèles avec Kate Bush pour son imaginaire sans limites, avec James Blake pour cet art rare d’installer une intimité et les émotions qui en découlent, et Oum Kalsoum, pour cette capacité à hypnotiser par un langage universel, sans rien renier des traditions musicales liées à ses origines. Si la femme et l’artiste se posent encore des questions, les réponses offertes par le magnifique Meryem suffisent à notre immense bonheur.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *