Tunisie : documenter les féminicides pour mieux les combattre

Alors que la Tunisie se dote d’une plateforme numérique pour recenser et documenter les féminicides, une question s’impose : à quand une telle initiative au Maroc ?

Lancé par l’association tunisienne Aswat Nissa , cette plateforme numérique est dédiée au recensement et à la documentation des féminicides. Une initiative qui entend répondre à un problème majeur dans la lutte contre les violences faites aux femmes : l’absence de données suffisamment consolidées, régulières et accessibles.
Cet outil centralisera les informations disponibles afin de les mettre à la disposition des chercheurs, journalistes, associations et institutions. Pour Aswat Nissa «Depuis janvier 2018, l’association a recensé 109 féminicides en Tunisie, dont 30 en 2025, contre 26 en 2024, 25 en 2023 et 23 en 2022. Il ne s’agit donc pas seulement de compter les victimes, mais de faire de la donnée un outil de plaidoyer, de prévention et d’aide à la décision, susceptible de contribuer à l’amélioration des politiques publiques et des réponses institutionnelles ».

L’expérience tunisienne rejoint d’autres initiatives menées en Afrique. Au Kenya, par exemple, l’Africa Data Hub a développé la base de données Silencing Women, qui recense plus de 1 069 cas de femmes tuées entre 2016 et 2025, à partir notamment d’informations publiées dans les médias et de décisions judiciaires. En juin 2026, les autorités kényanes ont également lancé une plateforme nationale accessible par WhatsApp pour faciliter le signalement des violences basées sur le genre.

Cette question dépasse d’ailleurs le cadre africain. En 2025, l’ONU Femmes a rappelé l’importance de documenter les violences faites aux femmes afin de mieux mesurer leur ampleur et de renforcer les réponses judiciaires et institutionnelles. L’Office des Nations unies contre la drogue et le crime s’est également penché sur l’amélioration de la mesure des féminicides, soulignant les difficultés liées à la collecte et à la comparaison des statistiques.

Car derrière chaque chiffre se trouve une réalité humaine, mais aussi une responsabilité collective. Sans données fiables, il devient difficile de mesurer l’ampleur réelle des féminicides, d’identifier les évolutions, d’évaluer les politiques mises en place et surtout de prévenir de nouveaux drames.

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