Covid-19 : “les personnes infectées ont toujours des séquelles sévères !” (Interview)

Covid-19 : “les personnes infectées ont toujours des séquelles sévères !” (Interview)

Si la plupart des malades atteints de Covid-19 guérissent en quelques semaines, des témoignages et constats médicaux font état de la persistance ou de retour de symptômes sur une longue période, chez un certain nombre de patients, y compris ceux qui n’ont pas développé la maladie. Dr Khadija Moussayer, Présidente de l’association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques (AMMAIS) nous éclaire sur les séquelles de l’infection au nouveau coronavirus et la nécessité de sensibiliser à ce phénomène.

Vous dites que la guérison du Covid-19 ne signifie pas absence de séquelles. Pourriez-vous nous en dire plus ?

Dr Khadija Moussayer : Une fatigue et des sensations de douleur persistantes Certains témoignent de tachycardie, troubles respiratoires, d’une récidive de perte de l’odorat et du goût, de douleurs articulaires ou musculaires, de diarrhées ou de capacités physiques diminuées … et  surtout  d’une fatigue persistante. Ces  signes  se retrouvent même  chez des patients restés asymptomatiques. Des séquelles lourdes pour les cas graves. Certains patients gardent actuellement des séquelles plus sévères aux poumons,  cœur (lésions cardiaques), reins, système nerveux , conséquences d’attaques plus destructrices.

Quelles sont les séquelles cardiovasculaires ?

Fin juillet, une étude allemande d’observation publiée dans la revue Jama Cardiology alertait sur les risques de complication au niveau du cœur. Les médecins de l’hôpital universitaire de Francfort ont fait passer une IRM à une cohorte de 100 patients récemment remis du Covid-19, et ce deux à trois mois après la contamination. 78 % présentaient des résultats anormaux, même pour ceux n’ayant pas développés la maladie. Les chercheurs ont mis en évidence des inflammations du muscle cardiaque (myocarde) pour 60 patients et/ou du péricarde, l’enveloppe entourant le cœur, pour 22 autres, témoins selon les cas d’une inflammation encore active ou de cicatrices. Une étude  intéressante et révélatrice sur l’ampleur des dégâts, même si elle  mérite d’être complétée par d’autres pour apprécier et confirmer l’étendue précise de ces atteintes.

Et qu’en est-il des séquelles pulmonaires ?

On ne connaît cette maladie que depuis 7 mois et il est difficile d’avoir des certitudes sur le devenir des patients. Les épidémies passées d’autres types de coronavirus que le Covid-19, comme le SRAS (ou syndrome respiratoire aigu sévère), en 2003, et le MERS (Coronavirus du Syndrome Respiratoire du Moyen-Orient), en 2012, nous donne déjà cependant quelques enseignements utiles par comparaison. On sait que des patients  atteints de ces deux virus ont eu des problèmes pulmonaires  15 ans après  ainsi que des troubles musculo-squelettiques. On a relevé des phénomènes de fatigue chronique, jusqu’à quatre ans après l’hospitalisation, ainsi que des troubles psychiques durables (dépression,  stress post-traumatique, anxiété) 6 mois après la guérison. On risque de rencontrer  les mêmes phénomènes avec la Covid-19.

Lire également : Protéger la santé et les droits des femmes à l’heure du COVID-19

La Covid-19 est à l’origine de la survenue de maladies auto-immunes, expliquez-nous ?

Les atteintes  du Covid-19 dans les formes sévères  donnent lieu à des manifestations auto-immunes (observées dans l’orage « cytokinique » quand le malade tombe dans une détresse respiratoire). Rappelons qu’une maladie auto-immune est une pathologie provoquée par un dysfonctionnement du système immunitaire qui se met à attaquer notre organisme au lieu de le protéger comme c’est son rôle habituel. 
Le problème est de savoir si ces attaques auto-immunes   peuvent ensuite évoluer vers une  maladie  auto-immune chronique et à vie. On sait déjà que certains virus  sont  des facteurs déclencheurs de certaines maladies auto-immunes, comme le lupus, la sclérose en plaques, la polyarthrite rhumatoïde,  la maladie cœliaque et le diabète de type 1.l convient donc de rester attentif à l’évolution de ce virus qui n’arrête pas malheureusement de nous surprendre.

Lire également : Femme et santé publique, certains stéréotypes ont “la vie dure” !

Dr MOUSSAYER KHADIJA

Spécialiste en médecine interne et en Gériatrie en libéral, Dr Moussayer Khadija est Ex chef de service à l’Hôpital de Kenitra, Ancienne interne aux hôpitaux de Paris – Pitié Salpêtrière – Charles  Foix, Présidente de l’association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques (AMMAIS).

Lire également : Maladies Rares : une alliance voit le jour

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *