Confiné avec l’artiste El Batoul Bargach

Confiné avec l’artiste El Batoul Bargach

Initié par l’artiste-peintre El Batoul Bargach, le concept “Défi Je Peins Chez Moi 2020” réunit un groupe de 10 artistes femmes qui sont invitées à travailler chaque semaine sur un même thème. Un jury multidisciplinaire, dont une de nos journalistes, élira la meilleure oeuvre. Confinée mais créative El Batoul Bargach répond à nos questions.

Comment est venue l’idée de “Défi Je Peins Chez Moi 2020” ?
El Batoul Bergach : J’ai l’habitude d’organiser des activités, des visites d’expositions ou des sorties entre amies artistes. Quand le confinement est arrivé j’ai commencé à peindre chez moi chez moi de façon régulière pour avancer dans mes collections. En discutant avec des amies très proches, qui comme moi désirent peindre pour occuper les longues journées, j’ai eu l’idée de nous réunir autour de thèmes sur le confinement. J’ai donc contacté plusieurs artistes de Rabat pour leur proposer de rejoindre l’aventure. Certaines ont répondu immédiatement, d’autres ont exprimé leur regret car elles ne pourront pas suivre la cadence d’un tableau par semaine, d’autres fautes de temps ou de matériel, et d’autres n’ont pas réagi à la proposition. Après concertation le groupe s’est constitué.

Qui sont les 10 artistes qui ont accepté de faire partie de l’aventure ?
El Batoul Bargach : Ce sont toutes des artistes talentueuses, belles et engagées qui ont répondu à l’appel . Je rappelle que tous les sujets portent sur ce qui nous manque ou ce dont nous rêvons en cette période. Il y a Amina Benfattah, Attika Saiagh,Douja Ghannam,Bouchra Zaghraoui, Haddou Sennane, Hakima Jirrari, Nouha Fenniche, Wafae Benzakkour, Sarah Arabi et moi-même. Plusieurs belles expériences nous  ont rassemblées. Avec ces artistes, j’ai organisé des expositions collectives de peintures et sculptures. Ensemble, nous avons participé à plusieurs activités et ateliers artistiques. Vers la fin de cette aventure, un vote sera ouvert pour les toiles publiées pour appréciation.

“ Je Peins Chez Moi 2020 (DJPCM 20)” compte donc cinq défis ?
El Batoul Bargach : Le groupe d’artistes  se font plaisir en travaillant sur le même thème .Le premier défi a coïncidé avec les premiers jours du printemps. Nous n’avons pas pu apprécier le paysage comme on aurait aimé alors nous avons toutes travaillé à partir d’une photo des marguerites dans un vase. En fait, cela aussi fait partie du concept de confinement. L’artiste en général ne travaille pas sur commande encore moins sur thème qui ne l’inspire pas. Comme le confinement sanitaire nous oblige à rester chez nous, à ne pas voir nos familles, nos proches, nous nous imposons un thème. Chaque artiste est libre de l’exprimer à sa façon .Le choix du support, de la technique, de la dimension de la toile, de la matière lui sont propres. Le second défi est relatif aux courses. Lors de nos conversations, j’ai relevé que cela manque aux femmes, aller au marché, faire les courses librement. La seule consigne est que les sacs représentés ne soient pas en plastique, « Zéro Mika », et qu’il y ait des fruits et des légumes pour l’immunité. Le troisième défi concerne le rêve au féminin, les sorties entre copines qui nous manquent autant que les visites familiales. Chaussures et sacs de soirée et une ambiance festive est la seule consigne donnée. Le quatrième défi répond au grand désir de chacune de nous aller au Hammam quand bon lui semble. Confinement oblige, cela reste de l’ordre du fantasme. Le cinquième défi porte sur l’espoir de se débarrasser du confinement : les portes. Les portes qui devaient s’ouvrir sont restées fermées vu que le pays a prolongé la période du confinement encore un mois.

Le jury composé de 29 membres que vous avez nommé « Jury d’amour ». Pourriez-vous nous en dire plus ?
El Batoul Bargach : L’aventure est un concept nouveau qui pour mieux marquer cette période de notre vie, j’ai pensé nous faire accompagner par un public, une sorte de jury d’amour. J’ai tout de suite contacté des connaissances dont des professeurs d’art plastique, des animateurs d’ateliers d’art, des collectionneurs, des artistes confirmés, des architectes, des directeurs d’écoles supérieurs et d’universités, des journalistes, des coaches, des galeristes (salles publiques ou privées) marocains et italiens. Ce sont des personnes que j’ai côtoyées, qui m’encouragent dans mon art et certains assistent à mes expositions. Tous ont montré de la volonté et ont procédé aux choix avec beaucoup de gentillesse et de délicatesse. Ils accompagnent même les choix avec des commentaires. Nous comptons 29 membres ce qui nous honore et nous ravie. 

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Pouvez-vous partager avec nous votre ressenti sur ce confinement ?
El Batoul Bargach :Ce matin, je suis sortie – avec autorisation bien sûr- pour une affaire urgente. En passant par l’avenue Fel Ould Omeir je n’ai eu aucun plaisir à voir les rues vides, sans âme, les portes de magasins cadenassées et quelques silhouettes marchant comme si le danger se trouve à chaque pas qu’elles font . Contre toute attente, moi qui suis urbaine jusqu’au fond de mon être je n’avais qu’une hâte retourner chez moi et me laver dix fois les mains. Je comprends maintenant que la joie et le bonheur se trouvent dan le rire des enfants et dans les bruits des voitures, dans les bousculades et dans les musiques qui peuplent les coins de rues. Le bonheur réside dans la santé des miens et de ceux que je croise et que je ne connais pas et de ceux que je connais et que je ne rencontre pas lors de mes promenades dans la ville. Je suis fière de mon pays et surtout je suis fière des agents d’autorités les modqaddem, les employés des moqataas et les policiers que j’ai vus dans les rues debout, solides et responsables. J’ai eu envie de passer près de chacun et de les remercier pour leur mobilisation alors que nous restons chez nous tranquilles entre nos livres et nos casseroles, devant la télé ou nos ordinateurs. Je ne me plaindrais plus, je reste à la maison le cœur léger. Il y a des hommes et des femmes dehors qui veillent sur moi et les miens, des marchands de légumes et des vendeurs qui au risque de leur vie continuent à nous servir, le sourire aux lèvres. Merci à vous et merci à tous ceux qui nous obligent à rester chez nous pour nous sauver.

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